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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 00:25

 

antdes.jpgLes récréations dépendent beaucoup... des cours ! Il y a beaucoup de différence entre celles-ci et si j'en ai connu d'agréables, la plupart ne sont juste qu'un bout de bitume à partager entre de nombreux élèves.

 

En début de carrière j'ai enseigné dans une école à deux classes, « une petite école charmante », dixit celui qui m'avait proposé un poste de direction dans ladite école.

Il n'avait pas tort sur le charme du lieu : c'était bien une petite école de campagne, tout en pierres, cachée derrière l'église, avec un vieux préau ardoisé, une cour ombragée de taille tout à fait raisonnable et en fond d'écran le must : un espace vert planté de peupliers.

J'ai vite compris que ce bel espace de verdure ne serait pas praticable souvent. En effet, le terrain en pente y déversait d'octobre à mai le trop plein de pluie et de ce fait on ne pouvait y faire jouer les enfants au risque de les rendre le soir à leurs parents complètement trempés, ce qui aurait été mal vu !

La cour de cette petite école avait au moins le mérite d'être agréable à l'œil et plaisante par son côté tranquillement campagnard.

 

A l'opposé j'ai travaillé durant neuf ans dans une école urbaine où seul le bitume faisait office de terrain de jeux. J'avais proposé de ramener des pneus de voiture en guise de jeux pour les enfants car il n'y avait rien d'autre... pas top au niveau de la propreté mais ça passait encore en ce temps-là.

La surveillance des récréations consistait surtout à empêcher les bagarres entre certains enfants, le manque de jeux de cour en était l'une des causes. Les chutes sur le bitume, étaient fréquentes chez les petits, on devait courir confier le blessé aux soins de l' Atsem avant de retourner surveiller. Pas franchement une partie de plaisir, ni pour les enfants, ni pour nous.

 

Dans une école du bord de mer, j'ai vu pas mal d'aberrations. Notamment la « bonne mauvaise idée »d'avoir mis une sorte de petit gravier rond autour de l'espace-jeux afin d'atténuer les chutes... Les enfants ayant toujours beaucoup d'imagination quand il s'agit de faire des expériences inédites, on a dû certaines fois enlever un gravier de la narine de l'un d'eux, de l'oreille d'un autre... le tout à la pince à épiler, en tremblant de faire un geste inadéquat ! Et bien sûr en appréhendant les réprimandes des parents du cher petit le soir, nous sommes responsables de tout ce qui arrive à l'école même d'un aménagement que nous n'avions en aucune manière sollicité !

Combien de fois au contraire, demandons-nous d'enlever telle ou telle structure qui nous paraît dangereuse, supplions-nous pour avoir quelques malheureux ballons, pelles et seaux (quand par chance la cour est munie d'un bac à sable !), vélos ou autres jeux d'extérieurs qui devraient être obligatoires sur une cour de récréation.

 

Cette année-là il y eut un accident mortel dans une école du département : une plaque en béton, œuvre d'art-plastique, s'était décrochée du mur de la cour et était tombée sur un élève, le tuant ! Ce drame avait fait scandale et les directeurs avaient été briffés pour que tout soit mis en œuvre dans les écoles afin que la sécurité soit au maximum. Ça a été le début des affres des surveillances de cour ! Particulièrement anxieuse, je passais mon temps à intervenir dès la moindre inquiétude, attendant la délivrance de la sonnerie de fin de récréation.

 

On nous effrayait en nous répétant que nous étions RESPONSABLESde tout accident survenu durant notre surveillance, donc interdit de parler entre instits, de prendre le café, la tasse à la main, sur la cour, de nous absenter la moindre seconde et surtout avoir les yeux partout !

 

Je témoigne qu'il est absolument impossible de tout voir en même temps, et surtout sur la cour de cette école, pleine de recoins dont l'aménagement était plus que fantaisiste. Outre ces petits graviers si faciles à avaler par les petits, il y avait au fond une barrière de treillis en bois : ceux qui sont terminés en pointe ! On demandait régulièrement au directeur de faire remplacer cette barrière empaleuse (!), promesses... jamais tenues. Plus au fond encore, un tas de terre n'avait jamais été évacué, l'aubaine pour les enfants, moins pour nous qui devions les empêcher d'y monter.

L'école s'était cotisée pour acquérir des vélos mais ceux-ci n'ayant jamais été remplacés étaient dans un piteux état, malmenés par des loustics plus que brutaux dans leur conduite et qui renversaient à chaque récréation leur quota de plus petits qui se risquaient sur la seule piste, en forme de couloir, où il était possible de rouler... à fond de train il va sans dire !

 

A suivre...

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 23:11

 

deenf-copie-1.jpg« Quand on entend la musique de mariage dans le couloir ça veut dire qu'on va aller jouer dehors. Mais avant il faut aller faire pipi, même si on n'a pas envie.

Et puis on va mettre son blouson accroché dans le couloir, moi j'arrive tout seul parce que maman m'a appris mais plein de petits enfants doivent attendre que Jacinte et Marie les aident à enfiler les manches. Dès fois c'est long. Quand il fait froid on doit mettre plein de choses, le blouson, le bonnet, l'écharpe, les moufles, j'aime mieux quand il fait chaud et qu'on peut sortir sans s'habiller.

Quand tout le monde est prêt, Jacinte ouvre la porte et on sort dehors. Yann et Ewen poussent les autres, c'est pas bien.

 

Dehors il y a d'autres enfants, ça fait plein de monde sur la cour, on veut tous un vélo mais on doit attendre son tour. Quand la petite clochette sonne, on doit laisser le vélo à un autre enfant. Guillaume, il veut jamais donner le sien, la maîtresse le gronde pour qu'il s'arrête de pédaler.

 

Je vais avec Manon jouer sur les gros jeux de la cour. Elle veut grimper sur l'œuf jaune mais elle glisse et elle tombe. Comme elle pleure très fort, Jacinte vient la relever et l'emmène pour la soigner parce qu'elle a une bosse. J'aime bien Manon, je suis triste parce qu'elle a mal à la tête.

 

Derrière la barrière il y a une autre cour où jouent des grands. Le frère de Pierre vient le voir avec ses copains et ils se font un bisou à travers les barreaux.

Quelquefois le ballon des grands tombe sur notre cour et on le relance. Nous aussi on a un ballon mais Jacinte le donne quand il y a moins d'enfants. Il ne faut pas le garder dans ses mains parce que c'est pour tout le monde.

 

Hier il y avait de la pluie, ce n'était pas drôle. On était tous sous le préau mais il y a pas beaucoup de place et ça fait beaucoup de bruit, je n'aime pas les récréations quand il pleut. »

 

 

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 00:00

 

des.enf-jpgCe qui a été récurrent dans les différentes écoles où j'ai enseigné en petite section, c'est qu'alors que le directeur et les collègues s'accordaient pour dire que l'école n'était pas adaptée pour accueillir des enfants de deux ans, on continuait malgré tout à le faire, par obligation et pour gonfler  les effectifs.

 

Les enfants de cette classe d'âge sont  comptabilisés  lorsqu'ils sont là dès septembre mais pas lorsqu'ils arrivent en janvier, n'étant pas propres avant, ou à Pâques, ce qui se fait de moins en moins. Ils sont donc dans la classe comme des petits fantômes, présents mais non comptés dans l'effectif !

 

On se retrouve parfois avec des situations aberrantes. En effet, à la rentrée de septembre, l'inspecteur d'accadémie, passe dans les écoles vérifier les effectifs. Si l'école se trouve en limite de fermeture (il faut toujours un peu plus d'élèves que le nombre requis), il arrive, je l'ai vécu, qu'on demande aux parents des petits de deux ans, qui normalement devaient rentrer plus tard dans l'année, de les mettre quand même ce jour-là, avec leur couche..., afin que Mr l'Inspecteur puisse les comptabiliser.

 

Les directeurs les inscrivent aussi pour éviter les  fuites vers une autre école qui les accepterait.

 

J'ai souvent pensé que ma classe de petite section faisait office de réservoir  pour les classes supérieures.

 

Un directeur, à qui je me plaignais de l'effectif trop chargé, m'a répondu un jour :

« Mais tu ne vas quand même pas couper la branche sur laquelle tu es assise ? » que répondre à ça ? Nos logiques étaient trop à l'opposé.

 

Une collègue, avec laquelle je travaillais alors à mi-temps, à l'humour un peu caustique, m'avait dit à propos de la directrice qui inscrivait sans cesse de nouveaux élèves pour notre classe, alors que l'effectif de la sienne, un CM2,  était léger :

« Elle fait ça au kilo ma parole : moins ils sont lourds, plus on peut en mettre dans la classe ! »

 

 

 

La rentrée pour les enfants de deux ans se fait soit en septembre, s'ils sont propres, soit en janvier ou encore à Pâques.

 

Ceux qui viennent dès septembre s'adaptent petit à petit et en grandissant dans l'année ils arrivent à se faire une place dans la classe.

 

La rentrée en janvier est souvent éprouvante. D'abord la période n'est pas la plus agréable, loin de là, il fait très froid, les jours sont courts, les petits pleurent souvent sur la cour lors des récrés. Les autres élèves, étant là depuis un trimestre, sont à l'aise, ils ont pris leurs repères, et je dois donc à nouveau, prendre du temps pour aider ces nouveaux petits à s'adapter à la classe et à ses règles, à les faire s'intégrer auprès des autres.

 

Les grands  de trois ans se partagent entre ceux qui les maternent, ceux qui les ignorent ou encore ceux qui les bousculent. D'autres régressent, se remettent à pleurnicher pour qu'on s'occupe d'eux !

 

La rentrée de Pâques est plus lointaine dans mon souvenir, je ne sais pas s'il y a encore des écoles qui la pratiquent. Elle ne sert à rien. Selon les parents, ceux-ci inscrivent leur enfant pour l' habituer à la vraie rentrée en septembre...mais après les deux mois d'été ils ont bien vite oublié leur passage éclair à l'école en fin d'année.

 

Ils se retrouvent dans le tourbillon de la fin d'année, perdus parmi les plus grands, entraînés dans la course du dernier trimestre. Quel bénéfice pour eux ? Et pour moi, alors que le reste des élèves est rôdé à la classe, du temps à prendre comme je peux, pour essayer de les apprivoiser, de faire en sorte qu'ils se sentent un peu moins perdus.

 

 

Pour clôre ce chapître sur l'école à deux ans, voici ce qu'il faudrait, dans l'idéal, pour ces jeunes enfants :

 

  •  

    - une structure, classe ou jardin d'enfant, avec de l'espace, des gros jeux moteurs, des coins-repos pour les ptits coups d'fatigue,

    - davantage de personnel pour moins d'enfants, c'est l'évidence, plus ils sont jeunes, plus ils ont besoin d'être entourés, d'avoir une relation individuelle avec l'adulte,

    - de la souplesse dans l'aménagement de la journée, proposer, sans imposer, des activités, ponctuellement, à leur demande.

 

A l'heure actuelle, il est de plus en plus question de ne plus accepter les enfants de cet âge à l'école maternelle, c'est sans doute la seule bonne résolution du ministère de l'éducation... à condition que ce ne soit pas le début... de la fin de l'école maternelle comme on l'entend dans les bruits de couloir.

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 00:01

deenf.jpg

La condition sine qua non pour l'accueil dans la classe est la propreté. Entendez par-là que l'enfant soit capable de demander à aller aux toilettes quand il en ressent le besoin ou mieux d'y aller seul.

 

Ça paraît évident et pourtant ! A chaque rentrée je me trouve face au même problème : certains enfants ne sont pas autonomes de ce côté-là, résultat : l'Atsem passe du temps à changer slip, pantalon, voire chaussettes au lieu de m'aider dans la classe.

 

Quand on en parle avec les parents des enfants concernés, c'est quasiment toujours les mêmes réponses :

« Oh, vous m'étonnez, à la maison il n'y a aucun problème,

- Mais si, il est propre depuis un mois maintenant, c'est curieux ce que vous me dites-là. »

 

Ce n'est pas agréable d'avoir à insister, de se faire passer pour la vilaine maîtresse qui ne s'y prend pas bien avec le petit chéri.

 

Quand je discute un peu avec les parents, très souvent, j'obtiens ce genre de révélations :

 

 

« C'est vrai que de temps en temps ça lui arrive mais ce n'est pas fréquent, je vous assure ! 

- Je lui mets une couche pour éviter les petites fuites,

- Si vous voulez je peux mettre une couche dans son cartable au cas où ? »

 

L'école n'est pas la crèche, nous n'avons pas le même personnel, la propreté de l'enfant est absolument indispensable, nous ne pouvons pas passer notre temps à changer des tenues mouillées et qui plus est : changer les couches !

Les parents qui inscrivent leur enfant alors qu'il n'est pas encore autonome de ce côté-là, le savent très bien mais ils sont tellement soulagés que le petit aille à l'école, qu'ils confondent souvent avec une garderie, moins cher qu'une crèche, une nounou, qu'ils font l'impasse sur la propreté quand celle-ci leur semble à peu près acquise.

 

Je me souviens du  cri de victoire  d'une mère qui attendait que sa petite soit propre pour la mettre dans ma classe, un soir elle vient me voir « Yesssss ! Lucie est propre, elle va pouvoir venir ! »

Lucie avait à peine deux ans, était haute comme trois pommes, courait partout, touchait à tout, un vrai tourbillon. La maman attendait un bébé pour le mois suivant, je lui ai conseillé de patienter un peu pour éviter que Lucie fasse l'amalgame entre cette naissance et ses débuts à l'école... peine perdue, la mère était trop pressée de se débarrasser de son encombrante gamine ! Tous les collègues ont été comme moi, choqués par l'attitude désinvolte de cette mère.

Cette petite, difficile à gérer, a été particulièrement insupportable l'année suivante, se révoltant à sa façon.

 

Dans la même veine, une autre mère était débordée par la vitalité  de ses deux garçons, des jumeaux qui lui menaient la vie dure.

Quand elle avait accompagné ses petits à l'école, le sourire jusqu'aux oreilles, elle s'était bien gardé de me dire qu'ils n'étaient  pas tout à fait propres . Les accidents ont débuté dès la première matinée.

Devant son insistance à affirmer qu'il n'y avait pas de problèmes à la maison, et pour être diplomate, il faut l'être pour faire ce métier !, je lui avais proposé qu'on fasse un essai sur une semaine.

Tous les jours, à midi, quand elle venait les chercher, on lui tendait... le sac de rechange avec les vêtements mouillés de l'un ou de l'autre de ses garçons, jamais les deux le même jour, curieusement, son sourire s'évanouissait et elle prenait un air penaud.

 

Heureusement, le directeur me soutenait toujours dans ces cas-là, en redisant aux parents qui venaient se plaindre que nous n'acceptions pas les enfants tant qu'ils n'étaient pas propres.

A la fin de la semaine, il a bien fallu que la mère se rende à l'évidence : il fallait qu'elle récupère ses monstres à la maison.

Deux mois plus tard, le sourire revenu, elle vient m'annoncer que cette fois ils avaient bien acquis le passe-droit et qu'ils étaient enfin propres, tous les deux.

 

J'aurais beaucoup d'exemples comme ceux-ci à relater et je pense que dans toutes les écoles il y a des cas semblables.

 

Cela démontre aussi que les parents qui inscrivent leurs enfants dès deux ans, sont bien souvent dans une démarche de recherche de mode de garde pratique et peu onéreux.

 

Devoir dépenser de l'énergie pour faire comprendre à ces parents que l'école n'est pas une simple garderie, qu'il y a des règles à suivre, qu'il faut que leurs petits grandissent à leur rythme et qu'il faut savoir patienter, je m'en serai bien passé car mon rôle est avant tout d'enseigner.

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 23:53

   dess-enf.jpgL'école maternelle dure, comme chacun sait, trois ans et c'est bien assez. Arrivés en grande section certains enfants en sont lassés et sont prêts pour l'apprentissage de la lecture, ce niveau est d'ailleurs devenu un pré-cp avec une véritable préparation à la lecture, à l'écriture et aux mathématiques.

 

Alors que dire de ceux qui font quatre ans de maternelle ?

 

La toute première année ils sont noyés dans le groupe des  grands  de trois ans. Ils évoluent dans la classe comme des petits satellites qui s'ajoutent aux groupes formés. Soit ils ont suffisamment de maturité pour faire les activités au côté des plus grands, si ceux-ci ne sont pas déjà en surnombre, soit ils font juste acte de présence et passent leur temps à jouer dans les coins car, ils sont trop jeunes pour se tenir plus de quelques minutes à une activité.

Même parmi les plus éveillés, pour ces touts jeunes enfants la motricité fine (tenue du crayon, de la paire de ciseaux, du pinceau etc...) n'en est encore qu'à ses balbutiements.

 

L'écart est énorme à cet âge. Pour en donner une idée aux parents ou aux collègues du primaire, je prenais la comparaison d'un bébé qui vient de naître avec celui d'un an, puis entre ce dernier et le petit de deux ans... là encore un écart considérable qui ira en s'amenuisant avec les années.

 

« Tu fais crèche maintenant ? » me disait en plaisantant un de mes collègues du primaire quand il me voyait sur la cour avec des bouts de choux hauts comme trois pommes, la tétine à la bouche.

 

Dans une classe les élèves nés en fin d'année sont très souvent classés  immatures , alors que les 11 mois d'écart avec ceux du début d'année font bel et bien la différence ! J'en sais quelque chose : je suis née en décembre et la mention « manque de maturité » m'a collée à la peau... jusqu'à un redoublement en 5ème.

 

Les enfants de deux ans sont trop jeunes pour se sentir à l'aise dans une classe maternelle, dépassés, au sens propre et au figuré, par leurs aînés, bousculés par les plus agressifs, maternés par les autres, qui jouent avec eux à la poupée.

 

Bien souvent je me culpabilisais de ne pas prendre assez de temps pour ces petits et pourtant j'ai toujours eu un faible pour eux, l'instinct maternel ? En effet, on doit, dès la petite section, avancer dans les apprentissages spécifiques : langage, graphisme, dénombrement, tri, chronologie... et on privilégie les élèves de trois ans pour qu'ils acquièrent les bases avant d'aller en moyenne section.

 

Dans une seule école, il y eut une année seulement, une expérience de classe uniquement composée de petits de deux ans. L'institutrice ne prévoyait pas vraiment ses activités à l'avance, elle improvisait en fonction de leurs demandes. C'est ce qu'on doit faire avec de si jeunes enfants, aller à leur rythme, selon leurs envies, les laisser se reposer dans la matinée s'ils en ressentent le besoin, être à l'écoute, proche d'eux.

 

Tout ce qu'on ne peut pas faire dans les classes de trente et plus.


A suivre

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 23:02

 

enfad.jpg 

blog : www.dessins d'enfants

Je vais faire une pause dans le récit du déroulement de la journée pour parler du problème de l'accueil des deux ans à l'école. Ceux qu'on nomme, selon les écoles, pré-petits, pps, touts-petits, tps, ps1, petite section première année.

 

Si j'ai envie d'en parler c'est que je viens de lire, une fois de plus, quelques phrases écrites à ce sujet par quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds dans une classe maternelle ou ne s'y est pas attardé plus que le nécessaire.

 

Combien de fois ai-je rêvé, au sens propre et au figuré, d'enfermer à clef dans ma classe, un de nos ministres successifs, un élu, un inspecteur, un directeur ;) hou-là y' a des oreilles qui vont siffler, une journée entière avec les petits pour ensuite pouvoir discuter en connaissance de cause.

 

L'article qui m'a énervée, alors que je ne suis plus concernée depuis bientôt un an, partait pourtant d'un bon sentiment puisqu'il y était question de la défense du service public, de l'école en particulier. Je cite :

 

« Les seuils d'ouverture et de fermeture de classes ont été habilement modifiés, avec pour conséquence des classes de plus en plus chargées, des Rased incomplets (réseaux d'aide spécialisés aux élèves en difficulté) et de moins en moins d'élèves de deux ans accueillis. »

 

C'est sur ce dernier point que je veux témoigner de ce que j'ai constaté durant les 16 années que j'ai passées en petite section, avec des élèves de deux à quatre ans.

 

Ma pire expérience a été celle d'une année où il y avait 40 élèves inscrits dans ma classe, dont 25 pré-petits de  deux ans ! Vous avez bien lu !

Je ne pouvais pas me plaindre de cette situation. En effet le directeur m'avait imposé cela parce que j'avais refusé, lors de la répartition des effectifs, une classe de 34 élèves, avec trois niveaux, pré-petit, petite et moyenne section. Le tout dans un contexte de soi-disant travail en équipe avec deux collègues autoritaires qui avaient la science infuse : nous aurions eu trois classes semblables de 34... alors que les deux classes de grande section devaient être privilégiées avec 23 élèves chacune seulement ! 

Combien de fois ai-je remarqué que les plus jeunes élèves sont mal considérés, j'ai souvent eu l'impresssion que la classe de petite section faisait office de réservoir pour les classes au-dessus.

 

Bref, une année épouvantable autant pour les petits que pour moi... Que faire avec un tel effectif d'enfants non autonomes ? De la garderie...point-barre (et sans le personnel des crèches, seulement à deux, une atsem et moi-même).

 

J'avais essayé de limiter les dégâts en parlant aux parents la veille de la rentrée, leur expliquant la situation, sans rentrer dans les détails, nous aussi on pratique, hélas, la langue de bois quand on nous le demande ! Ainsi, j'accueillais la moitié des touts-petits les deux premiers jours de la semaine, et le reste les deux autres matinées, (je précise que les deux ans ne viennent pas l'après-midi à l'école). Rien de légal dans tout cela mais où se situe la légalité dans un cas pareil ?

 

Pourquoi inscrire de si jeunes enfants à l'école plutôt qu'en crèche, en nourrice ou encore les garder à la maison ? J' ai vu souvent des mamans en congé parental inscrire leur enfant de deux ans pour avoir du temps libre.

 

Du côté des parents les arguments sont divers et souvent de mauvaise foi :

 

« Il ou elle réclame l'école...(!)

- Ce sera bien pour lui car il s'ennuie à la maison,

- Je ne sais plus quoi en faire à la maison, il est terrible, l'école va le dresser,

- Je travaille, alors vous comprenez, je n'ai pas le choix ! 

- L'école va lui faire du bien, va l'épanouir, lui donner de l'avance etc... »

 

Souvent j'aurais eu envie de répondre du tac au tac mais je devais me retenir et essayer de faire réfléchir ces parents sans les brusquer :

 

«  Il est bien jeune, a-t-il été un peu habitué à la vie collective, l'avez-vous mis de temps en temps à la halte-garderie ? A l'école il va se trouver un peu perdu.

- La crèche ou la nourrice sont des solutions plus adaptées à ce jeune âge, y avez-vous songé ?

- A l'école on apprend effectivement un certain nombre de règles propres à la vie en collectivité mais l'éducation à la maison est de votre ressort (j'avais du mal à dire ça et pourtant !)

- Quand l'enfant arrive trop tôt à l'école il n'apprend pas plus que les autres qui viennent un an après, parfois même au contraire, il se lasse et on le voit en dernière année de maternelle, en grande section. »

 

Ce que je ne pouvais pas dire franchement aux parents de ces deux ans, à l'école on fait du commerce, si si... et quand on n'est pas assez diplomate on risque de perdre des élèves avec pour conséquence une fermeture de classe à la clé, c'est ce qui suit :

 

Un enfant ne réclame jamais l'école, pour la bonne raison qu'il ne peut pas s'imaginer celle-ci telle qu'elle est réellement. Il peut à la rigueur, en voyant l'aîné partir le matin, avec son cartable, vouloir faire  comme lui, tout comme il veut imiter maman quand elle prépare le dîner ou papa quand il bricole, mais c'est juste pour un moment.

Quand il se retrouve dans la classe, entouré de petits comme lui, qui réclament tous un peu d'attention de la part de l'adulte présente, dans un milieu qu'il ne connait pas, sans ses repères, ses rituels, il est bien souvent perdu.

 

Combien de fois ai-je entendu une mère amenant son enfant fiévreux le matin, « Mais il voulait venir ! » prendre ses propres désirs pour ceux de l'enfant.

Et supposons que le petit  réclame réellement l'école doit-on pour cela l'écouter ? Qui doit décider à la maison ?

 

Cela m'amène à parler de l'autre argument parental : « A la maison il est terrible, à l'école vous allez le dresser ! »

L'école ne doit pas se substituer à l'éducation parentale. D'ailleurs le mot « Education nationale » est très mal choisi et énerve les enseignants à qui on demande, et de plus en plus, de tout faire : enseigner, normal, et éduquer.

Bien sûr qu'à l'école il y a des règles, celles de la vie collective, la discipline sans laquelle l'enseignement ne pourrait avoir lieu. Mais quand on me demande des conseils pour qu'un enfant ne fasse plus la comédie pour aller se coucher, qu'il accepte de manger suffisamment, qu'il arrête d'embêter ses frères et sœurs, en résumé qu'il obéisse à papa-maman qui sont débordés....là je dis stop, ce n'est pas mon rôle !

 

Dans la réalité, c'est dur de dire à ces jeunes parents, que c'est à eux de trouver la solution ou de demander des conseils à une association de parents, à un professionnel (psy, pédiatre). J'avais d'ailleurs, pour les parents dont les enfants posaient problème, une ou plusieurs adresses sous la main.

 

Mais je m'éloigne de mon sujet : les deux ans.

A suivre

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 00:28

 

 

« Quand tous les copains sont passés aux toilettes, on se retrouve tous ensemble assis sur le tapis et on écoute la maîtresse qui nous explique ce qu'on va faire maintenant. C'est le moment que je préfère, on va travailler en atelier.

 

Moi je suis dans le groupe jaune, avec Manon, Léo, Ewen, Suzie, Théo et Jade. Il y a aussi les rouges, les bleus, les verts et les oranges.

 

Aujourd'hui nous on fera de la peinture, chic ! J'adore la peinture ! Vite je cours mettre une blouse et j'attends la consigne.

Sur le chevalet Marie a installé une très grande feuille et il y en a une autre sur la table. Je veux prendre un pinceau mais la maîtresse nous explique qu'on va peindre avec nos mains, pas besoin d'autre chose.

C'est bizarre de mettre ses mains dans la peinture, à la maison maman ne serait sûrement pas contente.

Manon ne veut pas poser ses mains dans l'assiette, elle pleure un peu et Jacinte lui dit « ça ne fait rien, tu le feras la prochaine fois ».

On pose nos mains pleines de peinture sur la grande feuille, c'est joli toutes ces mains colorées.

Quand on a fini, on va au lavabo frotter nos mains avec du savon, elles sont encore un peu bleues mais ça va partir la maîtresse l'a dit.

Ewen n'est pas gentil, il a mis sa main verte sur la joue de Manon, elle pleure.

 

Demain je serai dans un autre atelier, j'aimerai bien faire un beau collier comme ceux du groupe rouge. »

 

 

En maternelle, la classe est partagée en quatre ou cinq groupes à différents moments de la journée, on appelle ça des ateliers.

Les jeunes enfants, particulièrement la première année, en petite section, ne sont pas autonomes. Ils vont petit à petit acquérir une certaine autonomie, c'est le but recherché

mais, pour certains apprentissages spécifiques, il est nécessaire d'avoir affaire à de petits groupes d'élèves.

 

Durant ce temps d'ateliers, je m'occupe donc d'un groupe plus particulièrement, pour aborder un apprentissage. Il peut s'agir de langage, de chronologie, de dénombrement, de tri, d'algorithme, d'éveil artistique etc...

Dans l'idéal, un groupe ne devrait pas dépasser 5 enfants mais avec les effectifs actuels c'est davantage 6, voire 7.

Matériellement on est aussi souvent coincés, au sens propre et au figuré, les tables ne sont pas assez grandes pour y installer plus de 5 enfants, plus ils sont jeunes, plus il leur faut de l'espace et ils travaillent généralement sur des feuilles A3...qui prennent beaucoup de place. On installe donc, vaille que vaille, une partie du groupe sur une table d'appoint.

Une partie du mobilier est polyvalent dans la classe, on se sert des tables et des chaises du coin cuisine quand on manque de place, des chaises de la bibliothèque, du tapis de regroupement pour y installer un atelier construction etc...

L'installation des ateliers est souvent épique ! Marie s'occupe du déménagement des tables pendant que j'explique aux enfants ce qu'ils vont faire.

 

J'ai choisi de faire tourner les quatre ateliers sur la semaine, le cinquième étant celui des plus petits (les deux ans), il est plus souple, il arrive que l'un d'entre eux se joigne aux « grands » de trois ans s'il y a un absent par exemple, donc une place libre...

 

Chaque atelier est matérialisé par une couleur, c'est plus facile pour les enfants de se repérer car ils restent dans le même groupe une partie de l'année, après ajustement si nécessaire au début, je fais un mixte avec calmes-agités-autonomes-timides...

 

Je dois, dans l'idéal une fois encore, autant dire en théorie, être partout à la fois, mener un atelier spécifique mais aussi passer voir les autres groupes, donner des consignes, des conseils, aider etc... Marie s'occupe bien sûr également d'un atelier, mais en tant qu'Atsem, elle doit juste faire appliquer les consignes que je viens de donner.

Dans la réalité, je lui explique avant, ce que je veux obtenir et elle se débrouille, très bien d'ailleurs, avec le groupe dont elle a la charge et je ne suis donc pas obligée d'intervenir.

Quant aux autres groupes, non dirigés, ils font des activités qui ne nécessitent pas notre présence à leurs côtés, en principe, pâte à modeler, colliers, puzzles, constructions, déchirage...

Il faut bien sûr avoir l'œil sur tous, car c'est dans ces moments-là que les plus agités font les malins et en profitent pour embêter l'un ou l'autre :

 

« Maîtresse ! Yann m'a mordu !

- Jacinte, il m'a pris mon crayonnnnnn

- Esther m'a déchiré mon dessin, je vais le dire à ma maman ! »

 

C'est donc dans un joyeux charivari que tous sont occupés pendant le temps des ateliers, cela dure un quart d'heure, vingt minutes environ, les activités sont toujours courtes à ce niveau, les enfants se lassent très vite et il faut renouveler sans cesse.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 23:37


 

« Chic ! Aujourd'hui on va manger des raisins secs ! Moi j'adore ça, à la maison maman ne nous en achète pas alors je suis bien content quand la maîtresse en apporte à l'école. La première fois je ne voulais pas en manger parce que je ne connaissais pas ces drôles de petits grains rabougris. Et puis Jacinte a dit qu'il fallait quand même en goûter un et après si on aimait ça on pourrait en avoir d'autres :

 

« J'en veux bien d'autres s'il te plait, j'aime bien ! »

 

Il y a une petite fille qui n'aimait vraiment pas ça, elle a craché sur la table, c'est dégoûtant, la maîtresse l'a grondée.

Après on a bu de l'eau dans la timbale mais Léo a tout renversé, son pantalon était mouillé alors Marie lui a mis un nouveau pantalon.

Quand on a fini de manger on va mettre la timbale dans la bassine et on va aux toilettes, après on se lave les mains. Marie lave la bouche des petits enfants pas propres.

Quand j'ai fait tout ça, je vais m'assoir sur le tapis et Jacinte nous montre des images ou des fois on chante les petites comptines en attendant les autres. »

 

Le goûter collectif est un choix d'équipe, cela fait déjà pas mal d'années qu'il existe dans les classes maternelles.

J'ai connu les goûters individuels et c'était loin d'être la panacée ! Il y avait des enfants qui n'avaient rien, souvent les mêmes, les parents avaient « oublié » de mettre le goûter dans le cartable. Il y en avait d'autres qui en avaient pour trois jours et ils n' en mangeaient pas la moitié. C'était la plupart du temps des goûters sous emballage, très bourratifs, très sucrés et donc pas très diététiques.

Autres inconvénients, cette fois-ci pour nous : on passait du temps à déchirer les emballages, pour ceux qui n'arrivaient pas encore à le faire eux-mêmes ; on devait distribuer sans erreur les nombreux goûters, en principe  marqués  au nom de l'enfant mais là encore ce n'était pas toujours le cas et on avait droit à :

 

«  C'est à moi maîtresse celui-là 

- Non il est à moi ! »

 

Difficile de savoir qui disait la vérité...

 

Ayant appris que certaines écoles avaient résolu ces problèmes en proposant un goûter collectif, on a laissé tomber les paquets individuels avec plaisir !

En début d'année, lors de la réunion de parents, j'explique les avantages de ce système, en parlant des inconvénients des goûters individuels listés plus haut.

 

Les parents cotisent à la rentrée et avec la somme récoltée j'achète les goûters tout au long de l'année.

Il faut juste que je n'oublie pas de le faire lors de mes courses, c'est arrivé parfois et on a dû se débrouiller soit avec les restes des jours précédents, soit en quémandant à la classe d'à côté.

Quand je passe à la caisse avec filets de clémentines, paquets de madeleines, boites de céréales, gâteaux, bananes, fruits secs, craquottes, pommes etc... on croirait que je fais les courses pour une colonie de vacances ! Je n'en suis pas loin avec mes trente et plus élèves.

Quand je suis bien organisée je prévois pour la semaine, ainsi je suis tranquille le reste du temps mais pour cela il faut des choses qui se gardent bien sûr.

 

Les deux dernières années, on n'avait plus le droit aux produits frais depuis qu'un inspecteur de l'hygiène était passé à la cantine et qu'il avait crié au scandale quand il avait vu nos pots de yaourts empilés dans le réfrigérateur où on mettait également nos propres repas. Pensez donc nos bactéries en contact avec les aliments des enfants !

A l'époque où on passe au tribunal pour moins que ça, pas question de prendre des risques : alors tant pis pour les yaourts, fromages blancs, confiture ou fromage sur les tartines.

 

Cela fait partie des aberrations des nouvelles règles : on chipote pour un rien mais à côté on ne s'interroge pas une seconde sur le bain de bactéries et virus qu'on prend tous les jours dans une classe maternelle (et les petits qui mettent les objets à la bouche, on les renvoie ?)

 

J'ai vu l'évolution de toutes ces nouvelles normes, mises en place rapidement, merci l'Europe, et sans vouloir forcément retourner en arrière, je me sentais de plus en plus déconnectée par rapport à certaines nouveautés administratives, hygiéniques, sécuritaires. Surtout par leurs paradoxes : on surveille et on interdit d'un côté, on ferme les yeux de l'autre, quand ça arrange.

 

Le goûter est d'ailleurs de plus en plus remis en question. A l'heure où j'écris ces lignes je ne sais pas s'il existera encore l'an prochain, dans certaines écoles il est déjà supprimé.

Il est bénéfique seulement pour les enfants qui se lèvent tôt, qui vont au périscolaire avant l'école, pour les autres, qui ont pris un bon petit déjeuner juste avant, il n'est pas vraiment utile.

 

L'inspecteur trouvait que c'était une perte de temps sur les apprentissages... en oubliant toutefois que partager quelque chose ensemble, goûter à des aliments qu'on ne connait pas, débarrasser sa timbale ou autre, fait bel et bien partie du vivre ensemble, listé au même titre que le langage, la motricité, les maths, l'éveil artistique dans le programme.

 

Je donnais très peu en quantité mais en faisant attention à varier, à donner des fruits plutôt que des gâteaux.

Je n'étais pas pour forcer les enfants, et il n'y aurait eu que moi je n'aurais pas insisté devant un refus mais je me pliais un peu à la règle générale qui voulait que l'on oblige au moins à goûter un peu. Je reconnais que certains enfants, de cette manière, acceptaient ensuite de manger le reste et s'habituaient à des denrées qu'ils ne connaissaient pas avant.

 

Le fait de devoir acheter ces goûters est parfois une corvée mais cela s'apparente à la préparation de classe et aux tâches matérielles que l'on doit accomplir en maternelle.

 

Pour les enfants c'est un moment convivial, pris dans le calme et comme ils mangent tous la même chose il n'y a pas de conflit, d'envie de prendre dans l'assiette du voisin.

 

Ai-je vécu les dernières années du goûter à l'école maternelle ?

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 00:56

Une fois la dernière maman enfin partie, on s'active à ranger la classe. En début d'année on prend le temps de découvrir chacun des coins-jeux, leur fonction, leurs règles :

 

Les véhicules se rangent dans la grande bassine bleue, les puzzles sur les étagères, les crayons dans les pots, les livres dans le bac, les perles dans les boites et gare à ne pas tomber en glissant sur les perles rondes étalées au sol...

 

La classe est une vraie fourmilière : certains font du zèle en fourrant assiettes, timbales, casseroles et couverts de la dînette dans le même casier, en forçant un peu tout devrait rentrer !

 

« Manon il ne faut pas mettre ton dessin avec les feuilles blanches, si tu veux l'emporter ce soir, pose-le sur le plateau ,

- Lucas, tu continueras ton coloriage ce soir à la maison,

- Liz fais une boule avec la pâte à modeler avant de la mettre dans le pot. »

 

D'autres préfèrent continuer à jouer, comme s'ils n'avaient pas entendu le signal du rangement, une calebasse joliment ornée de perles que j'agite frénétiquement au moment voulu.

 

« Martin, tu veux bien arrêter d'embêter Léo et commencer à ramasser les cubes s'il te plait ! »

- Elsa, mets la poupée dans son berceau maintenant, c'est l'heure où elle doit dormir,

- Ewen, apporte-moi ce livre au lieu de le cacher sous ton pull »

 

Pour les finitions, on verra plus tard, maintenant j'essaie de regrouper tout ce petit monde sur le tapis-lino devant l'affichage. C'est le moment le plus délicat, surtout en début d'année : arriver à maintenir à peu près tranquilles une trentaine de bouts de chou, assis dans le calme, et à capter leur attention un peu plus de 5/10 minutes, on augmentera le temps d'écoute en cours d'année, petit à petit.

 

En première année de maternelle, avant de songer aux apprentissages plus spécifiques,  selon le terme consacré, il faut prendre du temps pour mettre en place les bases de la discipline, ce qui facilitera grandement le travail des collègues des classes supérieures.

 

Il faut pour cela beaucoup de patience, je puise dans mes réserves à longueur de journée, de semaine, d'année... c'est une des grandes difficultés du métier, les nerfs sont mis à rude épreuve ! Le soir quand je rentre je suis vidée.

 

J'ai eu la chance de pouvoir travailler longtemps à temps partiel quand mes enfants étaient petits, heureusement car dans ce travail, rentrer le soir et retrouver ses propres enfants qui demandent à leur tour de l'attention, c'est loin d'être évident !

J'avoue, il y a prescription, que je n'ai pas été assidue à l'aide aux devoirs, sans doute un trop-plein d'école.

 

Pour m'aider, heureusement, il y a Marie, celle-ci est partout à la fois, elle participe avec moi à l'apprentissage du rangement auprès des petits et me donne un coup de main pour les regrouper.

Pendant qu'elle prépare sur les tables le goûter collectif, ils sont tous assis devant moi, plus ou moins attentifs et on commence les échanges.

 

Durant ce premier regroupement de la journée, c'est le moment des rituels. On observe le tableau de présences :

 

« Est-ce que tout le monde est là aujourd'hui ? »

 

Dans les classes à moindre effectif, je prenais le temps d'appeler chaque enfant par son prénom, par la suite nommer les absents était plus rapide.

 

Placer le symbole de la météo du jour est un vrai privilège, pour que tous aient leur tour, je déplace l'étiquette-prénom de l'heureux élu sur la liste. La météo donne droit à quelques perles savoureuses :

 

« Ce matin la voiture était toute en glace,

- Y'a pas d'soleil aujourd'hui, il est pas v'nu,

- On voit rien du tout, c'est tout brouillé. »

 

Arrive le moment le plus délicat : la date. En petite section, la notion de temps est très élastique et les fantaisies vont bon train. Seul quelques élèves plus éveillés, arrivent en cours d'année à reconnaître plus ou moins les jours de la semaine.

Là aussi on se sert d'une figurine pour matérialiser la place du jour, un cartable représente un jour d'école, une maison un jour sans.

A ce niveau tout doit être ludique, visuel, concret.

 

On termine par quelques comptines et jeux de doigts et pour ça l'attention est à son comble :

 

« Un petit bonhomme, assis sur une pomme,

la pomme dégringole

et le petit bonhomme s'envole

sur le toit de l'école »

 

Ça vous dit quelque chose ? Les comptines n'ont pas d'âge et les adultes sont toujours ravis de voir que certaines d'entre elles ne leur sont pas inconnues.

 

Maintenant c'est le moment du goûter, que va-t-on manger aujourd'hui ?

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 01:08

Comme Arthur l'a expliqué on ne s'ennuie pas durant la journée de classe, même si les heures que l'on passe séparé de papa-maman semblent parfois bien longues.

L'accueil du matin dure pratiquement une demie-heure, entre les premiers enfants qui arrivent du périscolaire un peu avant les autres et l'ouverture des portes aux parents.

Parmi ceux-ci il y a les toujours en avance, qui s'impatientent devant la porte fermée (si on l'ouvrait dix minutes plus tôt, ils seraient là quand même avant...) et les toujours en retard, qui arrivent essoufflés en tirant le gamin par la main :

« Désolé (e) , je n'arrivais pas à le lever ce matin,

- La voiture ne voulait pas démarrer,

- Je n'ai pas entendu mon réveil »

Curieusement ce sont souvent les mêmes qui arrivent aussi en retard le soir :

« Désolé (e) je suis fatigué (e) en ce moment, je n'ai pas entendu mon réveil,

- La voiture ne voulait rien entendre !

- Il y avait des bouchons sur le pont. »

 

Entre ces deux extrêmes, l'accueil se fait plus ou moins dans le calme, selon l'affluence. L'enfant entre dans la classe après avoir accroché cartable et blouson au porte-manteau avec l'aide de ses parents (certains enfants sont trop petits en début d'année pour atteindre eux-même le crochet (!). On se salue et il va choisir une activité dans la classe, toujours accompagné de ses parents qui restent quelques minutes avec lui.

 

Là aussi des différences notoires entre les petits élèves.

L'un arrive, arborant un sourire éblouissant « Bonjour maîtresse », visiblement content de venir à l'école, l'autre se cache dans les jupes de sa mère ou s'y mouche ;) en pleurnichant, en fronçant les sourcils d'un air peu engageant, moi je dois quand même lui sourire sous peine de passer pour la méchante maîtresse...la maman comprendrait alors pourquoi son petit se cache ainsi.


Il y en a qui font de la résistance presque toute l'année. Au début je garde mon sourire et mon calme devant l'attitude renfrognée du cher petit et un jour, voyant que la maman ne réagit toujours pas, je renonce à sourire au gamin et j'essaie une autre méthode. Soit j'en discute tranquillement le soir après la classe entre quatre yeux (ou six) ; soit j'en parle au gamin après le départ de sa maman, quand il est redevenu charmant, en lui disant que « s'il veux que je m'occupe de lui, il faut aussi qu'il soit gentil quand il arrive le matin et dise bonjour. » Ça marche pas trop mal en principe.

 

Je me souviens d'une petite fille, qui allait jusqu'à me tirer la langue certaines fois, la maman était gênée bien sûr mais pas tant que ça en fait. En effet cette attitude de leur enfant peut aussi valoriser les parents, « Voyez comme il m'aime, il ne veut pas me quitter ! » S 'ils ne le disent pas ouvertement devant moi, je le ressens très fortement.

 

Les parents se culpabilisent aussi souvent de laisser leur petit à l'école toute la journée, les enfants le sentent très bien et en jouent souvent.

 

Il y a aussi le cas des enfants dont les parents sont séparés, ils jouent alors beaucoup sur l'affectif et le parent est tenté de se sentir un peu valorisé si leur enfant leur montre sa dépendance envers lui.

 

Je me souviens également d'une mère qui semblait surprise que son fils cadet ne réagisse pas comme l'avait fait sa sœur aînée qui hurlait quand sa mère partait. Lui arrivait en conquérant à l'école, souriant, heureux visiblement, je sentais parfois la mère tiraillée entre un sentiment de soulagement de voir que son fils s'adaptait aussi bien et...comme un regret de le voir la quitter sans état d'âme !

 

Une autre encore traînait dans la classe longtemps il fallait presque la pousser dehors !, son fils allant directement jouer avec ses camarades

 

« Mais tu ne me fais pas un petit bisou ? »

 

Tant et si bien qu'au bout d'un moment, le petit avait compris ce que sa mère lui demandait implicitement et c'est arrivé qu'il se mette à pleurer... pour lui faire plaisir.

 

Durant ce moment d'accueil, les enfants choisissent librement leur activité. Ils jouent dans les coins poupée, cuisine, voitures, constructions, lisent un livre dans le coin bibliothèque, dessinent, font un puzzle, un collier, de la pâte à modeler...

 

Les parents sont autorisés à rester un peu dans la classe le temps que l'enfant démarre son activité. La plupart respectent la règle qui est de ne pas s'attarder, il y a beaucoup de monde dans la classe à ce moment-là !


Moins de temps ils restent, mieux la séparation se passe, l'enfant comprend que ses parents ne sont qu'invités dans sa classe.

 

Certains ont plus de mal. Les femmes au foyer par exemple (de plus en plus rares), la classe est pour elles est un lieu de rencontres avec d'autres mères, elles papotent entre elles, je pourrai faire salon de thé ! ou s'éternisent avec leur enfant installé à une activité.

 

Plus j'avais de l'expérience, moins je laissais faire et à la fin, j'avais trouvé le biais : j'agitais la calebasse, le signal du rangement pour les petits, et la dernière maman se levait alors, l'air contris :

 

« Il faut que je m'en aille mon chéri, fais-moi un dernier bisou »

 

Ah ! Les bisous du matin !

Il y a des enfants pour lesquels ce ne doit jamais être le dernier « encore un bisou mamannnnnn ! »et ainsi de suite jusqu'à ce que le parent doive finalement s'enfuir, l'air coupable devant les hurlements du petit qui réclame encore et encore un bisou histoire de faire traîner le plus possible le moment fatidique du départ.

 

Les pleurs ne durent guère au-delà de la première semaine, voire la deuxième pour les plus sensibles. Ils cessent d'ordinaire très vite après le départ des parents.

Il y a des années où il y a davantage de pleurs et d'autres où ça se passe bien, c'est lié à l'effectif, moins il y a d'élèves, plus on a le temps de s'en occuper individuellement et de mieux les accueillir.

Pour les enfants pour lesquels cela durent davantage, il y a généralement une explication, on en discute alors, en particulier, avec les parents.

 

Un de mes élèves ne jouait pas la comédie, ses sanglots étaient discrets mais profonds, il me suivait partout, il me faisait mal au cœur, je sentais qu'il avait un réel besoin de sécurité. Quelques semaines après la rentrée son père se suicidait. Autant dire que toute l'année j'ai un peu privilégié cet enfant-là, très intelligent, très attachant.

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